Inaptitude au travail : ce que doit faire l'employeur 🩺
Inaptitude au travail : procédure du médecin du travail, reclassement, délai d'un mois, licenciement, et mise à jour du DUERP sur le poste concerné.
✅ Ce qu'il faut retenir
- L'inaptitude au travail est prononcée uniquement par le médecin du travail, jamais par le médecin traitant, après un examen, une étude du poste et un échange avec vous (article R.4624-42 du Code du travail).
- Une fois l'avis rendu, vous devez rechercher un reclassement, après avis du CSE s'il existe, sauf si l'avis vous en dispense expressément (articles L.1226-2 et L.1226-10).
- Si le salarié n'est ni reclassé ni licencié un mois après l'avis, vous devez reprendre le versement de son salaire (articles L.1226-4 et L.1226-11).
- Une inaptitude est aussi un signal de prévention : elle révèle souvent un risque mal maîtrisé sur un poste, qui doit être réexaminé dans votre DUERP (article R.4121-2).
Recevoir un avis d'inaptitude inquiète beaucoup de dirigeants de TPE : délais courts, vocabulaire juridique, peur de mal faire. Nous reprenons ici la procédure pas à pas, en partant du Code du travail, puis nous montrons comment relier cet avis à votre document unique. Pour la méthode générale d'évaluation, consultez notre guide pour faire un DUERP étape par étape.
🩺 Inaptitude au travail : de quoi parle-t-on exactement ?
L'INRS définit l'inaptitude comme l'incompatibilité entre l'état de santé du salarié et son poste de travail. Concrètement, le salarié n'est pas forcément incapable de travailler : il ne peut plus occuper ce poste-là, dans ses conditions actuelles.
Trois notions sont souvent confondues. Les distinguer vous évite des erreurs dès le départ.
| Notion | Ce que cela signifie | Qui la constate |
|---|---|---|
| Inaptitude | L'état de santé n'est plus compatible avec le poste occupé | Le médecin du travail |
| Incapacité de travail | Le salarié ne peut pas travailler temporairement : c'est l'arrêt de travail, qui suspend le contrat | Le médecin traitant (arrêt de travail) |
| Invalidité | Réduction d'au moins deux tiers de la capacité de travail, après une maladie ou un accident d'origine non professionnelle | Le médecin-conseil de l'Assurance maladie |
L'inaptitude peut être d'origine professionnelle (après un accident du travail ou une maladie professionnelle) ou non professionnelle (après une maladie ordinaire, par exemple). La procédure de constat est la même. Les conséquences financières en cas de licenciement, elles, sont différentes.
L'inaptitude est souvent constatée lors de la visite de reprise, organisée après un arrêt long, mais le médecin du travail peut aussi la prononcer lors d'une autre visite. Ce n'est donc pas réservé aux retours d'arrêt maladie.
📌 En résumé
- Seul le médecin du travail peut déclarer un salarié inapte.
- Notez dès le départ si l'inaptitude fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle : cela change la suite.
⚖️ La procédure du médecin du travail, étape par étape
Le médecin du travail ne peut pas déclarer un salarié inapte sur une simple consultation. L'article R.4624-42 du Code du travail lui impose quatre étapes préalables :
- Au moins un examen médical du salarié, avec des examens complémentaires si nécessaire.
- Une étude du poste, réalisée par lui ou par un membre de l'équipe pluridisciplinaire du service de prévention et de santé au travail.
- Une étude des conditions de travail dans l'établissement, avec l'indication de la date de mise à jour de la fiche d'entreprise.
- Un échange avec vous, par tout moyen (entretien, téléphone, courriel).
Si le médecin estime qu'un second examen est nécessaire, il doit avoir lieu au plus tard 15 jours après le premier, et l'avis d'inaptitude est rendu dans ce même délai.
L'inaptitude n'est prononcée que si aucun aménagement du poste n'est possible : c'est un dernier recours, pas une formalité.
Avant d'en arriver là, le médecin du travail peut proposer des mesures individuelles d'aménagement du poste ou du temps de travail. L'article L.4624-6 vous oblige à prendre en compte ses propositions. En cas de refus, vous devez faire connaître par écrit vos motifs au salarié et au médecin du travail.
Profitez de l'échange avec le médecin du travail pour lui transmettre votre DUERP et décrire concrètement le poste : charges portées, postures, horaires, produits utilisés. Plus il dispose d'informations précises, plus ses indications de reclassement seront utiles. La fiche d'entreprise du médecin du travail et votre document unique se complètent ici directement.
📌 En résumé
- Vérifiez que l'avis a été précédé d'une étude de poste et d'un échange avec vous.
- Répondez par écrit si vous ne pouvez pas suivre une proposition d'aménagement du médecin.
📝 Lire l'avis d'inaptitude : les mentions qui changent tout
L'avis d'inaptitude est un document écrit. Selon l'INRS, il précise notamment l'étendue de l'inaptitude, les conclusions et les indications de reclassement du médecin, l'aptitude du salarié à suivre une formation, et les modalités de contestation.
Deux mentions particulières, prévues par l'article R.4624-42, vous dispensent de toute recherche de reclassement :
- « tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé » ;
- « l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi ».
Une inaptitude « au poste » n'est pas une inaptitude « à tout emploi ». Si l'avis ne contient pas l'une des deux mentions de dispense, vous devez rechercher un reclassement, même si vous pensez qu'aucun poste n'est disponible. Le non-respect de cette obligation rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse, rappelle l'INRS.
Si vous contestez le contenu de l'avis, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes dans un délai de 15 jours à compter de sa notification (article L.4624-7). Le salarié dispose du même droit. Attention : selon l'INRS, cette contestation ne suspend pas le délai d'un mois pour reprendre le salaire.
📌 En résumé
- Cherchez dans l'avis l'une des deux mentions de dispense : elle décide de la suite.
- Notez la date de notification : le délai de contestation de 15 jours et le délai d'un mois partent de là.
🔄 L'obligation de reclassement : comment la remplir sérieusement
Sans dispense, vous devez proposer au salarié un autre emploi adapté à ses capacités, en tenant compte des conclusions écrites du médecin du travail (articles L.1226-2 pour l'inaptitude non professionnelle et L.1226-10 pour l'inaptitude professionnelle). L'emploi proposé doit être aussi comparable que possible à l'emploi précédent.
Le reclassement peut passer par une mutation, un aménagement, une adaptation ou une transformation de poste, ou un aménagement du temps de travail. La recherche porte sur toute l'entreprise et, si elle appartient à un groupe, sur les entreprises du groupe situées en France où une permutation du personnel est possible.
| Étape | Ce que vous faites concrètement |
|---|---|
| 1. Inventaire | Listez les postes disponibles ou aménageables, y compris à temps partiel ou sur un autre site |
| 2. Confrontation à l'avis | Vérifiez chaque poste au regard des restrictions du médecin (port de charges, station debout, horaires, produits) |
| 3. Consultation du CSE | Recueillez l'avis du CSE sur les propositions, s'il existe dans l'entreprise |
| 4. Proposition écrite | Proposez le ou les postes au salarié par écrit, avec leur description |
| 5. Traçabilité | Conservez toutes les pièces : recherches, échanges avec le médecin, réponses du salarié |
Le salarié peut refuser le poste proposé. Selon Service-public.fr, ce refus n'est pas une faute. Si aucun reclassement n'est possible, vous devez lui faire connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement (articles L.1226-2-1 et L.1226-12).
Dans une boulangerie de 8 salariés, un vendeur est déclaré inapte au port de charges et à la station debout prolongée. L'employeur étudie un poste de préparation des commandes assis, à mi-temps, et un poste administratif à temps partiel. Il propose ces deux postes par écrit, avec leur description. Même si le salarié refuse, l'employeur peut démontrer une recherche réelle et sérieuse.
📌 En résumé
- Documentez chaque étape de votre recherche : c'est votre preuve en cas de litige.
- Consultez le CSE avant de proposer un poste, s'il existe.
⏱️ Le délai d'un mois et la suite : salaire, licenciement, indemnités
Le Code du travail ne fixe pas de durée maximale pour rechercher un reclassement. En revanche, il prévoit une échéance financière : si le salarié n'est ni reclassé ni licencié un mois après l'examen qui a constaté l'inaptitude, vous devez lui verser le salaire correspondant à l'emploi qu'il occupait avant la suspension de son contrat (articles L.1226-4 et L.1226-11). Pendant ce premier mois, aucun salaire n'est dû, sauf disposition conventionnelle contraire.
Le délai d'un mois ne suspend pas votre obligation de reclassement : il fixe le moment où l'attente commence à vous coûter.
Le licenciement pour inaptitude est possible dans trois situations : l'avis contient une mention de dispense, vous justifiez de l'impossibilité de reclasser, ou le salarié refuse le poste proposé.
| Origine de l'inaptitude | Indemnités dues |
|---|---|
| Non professionnelle (maladie ordinaire, accident de la vie privée) | Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, la plus favorable s'appliquant |
| Professionnelle (accident du travail, maladie professionnelle) | Indemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale, et indemnité compensatrice d'un montant égal à l'indemnité de préavis (article L.1226-14), sauf refus abusif du reclassement |
Selon l'INRS, un licenciement pour inaptitude est nul lorsque l'inaptitude résulte de faits de harcèlement moral. C'est une raison de plus pour traiter sérieusement les risques psychosociaux dans votre document unique : voir notre page RPS et DUERP.
📌 En résumé
- Notez dans votre agenda la date « avis + 1 mois » dès réception de l'avis.
- Vérifiez l'origine professionnelle ou non avant de calculer les indemnités.
📋 Inaptitude et DUERP : mettre à jour le poste concerné
L'avis d'inaptitude concerne une personne, mais il dit aussi quelque chose du poste. L'article R.4121-2 du Code du travail impose de mettre à jour le document unique lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque dans une unité de travail est portée à votre connaissance. Une inaptitude liée aux conditions de travail en fait clairement partie.
Concrètement, posez-vous trois questions :
- Le risque qui a conduit à l'inaptitude (manutention, postures, bruit, produits, charge mentale) figure-t-il dans le DUERP pour cette unité de travail ?
- Sa cotation est-elle encore juste ? Une inaptitude suggère souvent une gravité ou une exposition sous-estimée.
- Les mesures prévues ont-elles été réellement mises en place ? Sinon, elles doivent remonter dans votre plan d'action.
| Avant | Après mise à jour | |
|---|---|---|
| Unité de travail | Réception des marchandises | Réception des marchandises |
| Risque | Manutention de cartons | Manutention de cartons jusqu'à 25 kg, plusieurs fois par heure, déchargement à hauteur du sol |
| Cotation | Moyenne | Élevée (inaptitude d'un salarié au port de charges sur ce poste) |
| Mesures | Formation gestes et postures | Diable et table élévatrice, livraisons fractionnées, rotation des tâches, formation maintenue |
Cette mise à jour protège vos autres salariés et vous protège aussi juridiquement. Un risque connu, inscrit au DUERP, sans mesure associée, peut peser lourd en cas de recherche de faute inexcusable de l'employeur. Pour savoir à quels autres moments revoir votre document, consultez notre page quand mettre à jour le DUERP, qui traite aussi le cas d'un accident du travail.
Pour retrouver les risques typiques d'un poste dans votre activité, nos modèles de DUERP par secteur listent les unités de travail et les risques habituels. Un logiciel DUERP permet ensuite de dater chaque mise à jour, ce qui facilite la preuve de votre réaction.
📌 En résumé
- Après tout avis d'inaptitude, relisez la ligne du DUERP correspondant au poste.
- Datez la mise à jour et inscrivez les nouvelles mesures dans votre plan d'action.
❌ Les erreurs fréquentes des employeurs face à une inaptitude
- Licencier sans chercher de reclassement alors que l'avis ne contient pas de mention de dispense.
- Oublier de consulter le CSE avant de proposer un poste ou avant le licenciement, lorsqu'il existe.
- Laisser filer le délai d'un mois sans reprendre le salaire.
- Confondre arrêt de travail et inaptitude : un salarié en arrêt maladie n'est pas inapte tant que le médecin du travail ne l'a pas déclaré.
- Ne pas répondre par écrit aux propositions d'aménagement du médecin du travail que vous ne pouvez pas suivre.
- Classer l'avis dans le dossier du salarié sans revoir le poste dans le DUERP, au risque qu'un autre salarié développe le même problème.
Faites appel à votre service de prévention et de santé au travail : il peut vous aider à étudier un aménagement de poste. Service-public.fr cite aussi Cap emploi et France Travail comme appuis possibles pour le maintien dans l'emploi.
📌 En résumé
- Procédure écrite, CSE consulté, délai d'un mois suivi : ce sont les trois points à sécuriser.
- N'oubliez pas le volet prévention : le DUERP doit refléter ce que l'inaptitude a révélé.
❓ Questions fréquentes
Le médecin traitant peut-il déclarer un salarié inapte ?
Non. Le médecin traitant prescrit les arrêts de travail. Seul le médecin du travail peut constater l'inaptitude à un poste, après la procédure de l'article R.4624-42.
Combien de temps l'employeur a-t-il pour reclasser un salarié inapte ?
Aucune durée maximale n'est fixée. Mais si le salarié n'est ni reclassé ni licencié un mois après l'avis, vous devez reprendre le versement de son salaire.
Le salarié peut-il refuser le poste de reclassement ?
Oui. Selon Service-public.fr, ce refus n'est pas une faute. Vous pouvez alors engager un licenciement pour inaptitude, si votre recherche a été sérieuse. En cas d'inaptitude professionnelle, un refus jugé abusif peut vous dispenser de certaines indemnités (article L.1226-14).
Faut-il mettre à jour le DUERP après une inaptitude ?
Oui, dès que l'inaptitude révèle une information nouvelle sur un risque du poste (article R.4121-2). C'est vrai quel que soit l'effectif de l'entreprise, y compris pour une entreprise de moins de 11 salariés.
Une rupture conventionnelle est-elle possible avec un salarié inapte ?
L'INRS indique que la Cour de cassation l'admet, y compris après un accident du travail ou une maladie professionnelle, sauf fraude ou vice du consentement. Pour une situation précise, rapprochez-vous de votre conseil ou de l'inspection du travail.
📚 Sources légales et ressources officielles
- INRS : inaptitude au poste de travail, quelle réglementation ?
- Service-public.fr : inaptitude au travail d'un salarié après un arrêt maladie
- Code du travail numérique : article R.4624-42 (constat de l'inaptitude)
- Code du travail numérique : article L.4624-6 (prise en compte des propositions du médecin du travail)
- Code du travail numérique : article L.1226-2 (reclassement, inaptitude non professionnelle)
- Code du travail numérique : article L.1226-10 (reclassement, inaptitude professionnelle)
- Code du travail numérique : article L.1226-14 (indemnités, inaptitude professionnelle)
- Code du travail numérique : article R.4121-2 (mise à jour du document unique)
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