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Travail sur écran et DUERP : comment évaluer ce risque au bureau 🖥️

Risques sur écran (TMS, fatigue visuelle, sédentarité, RPS), cadre légal R. 4542-1 à R. 4542-19, méthode d'évaluation, mesures de prévention et surveillance médicale.

✅ Ce qu'il faut retenir

  • Le travail sur écran relève d'un cadre dédié dans le Code du travail : articles R. 4542-1 à R. 4542-19, issus du décret n° 91-383 du 4 avril 1991.
  • Quatre obligations principales pèsent sur l'employeur : évaluer les risques, organiser des pauses ou changements d'activité, informer et former les salariés, et assurer une surveillance ophtalmologique.
  • Les risques à inscrire au DUERP sont les troubles musculosquelettiques (TMS), la fatigue visuelle, les postures sédentaires et les risques psychosociaux liés à la charge de travail.
  • Aucun seuil de durée n'est fixé dans la loi : la règle est l'usage habituel et pendant une partie non négligeable du temps de travail (article R. 4542-1).
  • Une TPE de bureau est concernée au même titre qu'un grand siège social : l'évaluation est obligatoire dès le premier poste sur écran.

➡️ Pour structurer votre démarche, voyez notre guide pour faire un DUERP étape par étape, ou partez d'un de nos modèles DUERP pour TPE-PME de bureaux et services.

🖥️ Définition du « travailleur sur écran » selon le Code du travail

L'article R. 4542-1 définit le travailleur sur écran comme tout salarié qui utilise un équipement à écran de visualisation de façon habituelle et pendant une partie non négligeable de son temps de travail normal. Le législateur n'a pas fixé de seuil horaire précis : il revient à l'employeur d'apprécier, poste par poste, si la situation entre dans le champ.

L'article R. 4542-2 précise qu'un poste de travail sur écran s'entend comme un ensemble incluant : l'écran, le clavier ou dispositif de saisie, les périphériques, le siège, le plan de travail et l'environnement de travail immédiat. Vous devez donc raisonner sur l'ensemble du poste, pas seulement sur l'écran lui-même.

📌 Bon à savoir

La jurisprudence et les services de prévention considèrent généralement qu'à partir de 4 heures d'écran par jour, la qualification de travailleur sur écran est acquise. En dessous, l'évaluation reste recommandée, surtout pour les postes mixtes (accueil, atelier avec saisie informatique, livraison avec terminal embarqué).

📌 En résumé

  • Pas de seuil horaire légal : usage habituel et significatif suffit à déclencher l'obligation.
  • L'évaluation porte sur le poste complet (écran, siège, plan de travail, éclairage), pas seulement sur l'écran.

⚠️ Les risques à inscrire au DUERP

L'INRS recense quatre familles de risques principaux liés au travail prolongé devant un écran. Vous devez les analyser pour chaque poste concerné.

⚠️ Travail sur écran : risques à évaluer dans le DUERP
Famille de risqueManifestations concrètesFacteurs aggravants
Troubles musculosquelettiques (TMS)Douleurs cervicales, dorsales, lombaires, tendinites du poignet, syndrome du canal carpienSiège non adapté, écran mal positionné, souris éloignée, absence de pauses
Fatigue visuellePicotements, larmoiement, vision floue, maux de tête, sécheresse oculaireÉclairage inadapté, reflets, écran trop proche, faible diamètre des caractères
Postures sédentairesPrise de poids, troubles cardiovasculaires, diabète de type 2 sur le long termePosition assise prolongée, absence d'alternance, déplacements rares
Risques psychosociauxStress, surcharge mentale, hyperconnexion, isolementCadence imposée, interruptions, outils mal maîtrisés, charge cognitive élevée

Le risque n'est pas l'écran lui-même : c'est la posture statique, prolongée et répétée qu'il impose.

⚠️ Attention

Les RPS liés à la charge cognitive et à l'hyperconnexion sont souvent oubliés dans les DUERP de bureau. Or, ils relèvent du même cadre que les TMS. Voir notre fiche dédiée sur l'évaluation des RPS dans le DUERP.

📌 En résumé

  • Quatre familles à inscrire : TMS, fatigue visuelle, sédentarité, RPS.
  • Pour chaque poste, croisez la nature des tâches, leur durée et l'environnement matériel.

⚖️ Le cadre légal : articles R. 4542-1 à R. 4542-19

Le chapitre dédié au travail sur écran du Code du travail découle de la directive européenne 90/270/CEE, transposée en droit français par les décrets n° 91-383 du 4 avril 1991 et n° 2002-1336 du 8 novembre 2002. Quatre obligations principales structurent le dispositif.

Évaluation des risques (article R. 4542-3) : après une analyse des conditions de travail et une évaluation des risques de tous les postes équipés d'un écran de visualisation, l'employeur prend les mesures appropriées pour remédier aux risques constatés.

Pauses et changements d'activité (article R. 4542-4) : l'employeur organise l'activité du salarié de telle sorte que le temps quotidien de travail sur écran soit périodiquement interrompu par des pauses ou des changements d'activité réduisant la charge de travail sur écran. La règle dite « 20-20-20 » est souvent retenue : toutes les 20 minutes, regarder pendant 20 secondes un point situé à 20 pieds (environ 6 mètres).

Information et formation (article R. 4542-16) : l'employeur assure l'information et la formation des salariés sur les modalités d'utilisation de l'écran et de l'équipement intégré. Chaque salarié reçoit une formation avant la première affectation au poste, et chaque fois que l'organisation du poste est modifiée de manière substantielle.

Surveillance médicale (article R. 4542-17) : un salarié ne peut être affecté à un travail sur écran de visualisation que s'il a fait l'objet d'un examen approprié des yeux et de la vue, et au besoin d'un examen ophtalmologique complémentaire prescrit par le médecin du travail.

📖 Référence

Ces dispositions s'appuient sur l'obligation générale de sécurité de l'article L. 4121-1 du Code du travail et sur les principes généraux de prévention de l'article L. 4121-2.

📌 En résumé

  • Quatre obligations : évaluer, organiser des pauses, former, surveiller la vue.
  • Aucune dispense possible pour les TPE : le seuil de déclenchement est l'usage habituel d'un écran.

🔍 Méthode pour évaluer le risque dans votre DUERP

L'évaluation doit être poste par poste, ou par groupe homogène de postes si vous avez plusieurs salariés dans la même configuration. Voici une démarche en cinq étapes simples, exploitable même sans IPRP.

  • Cartographier les postes concernés : qui utilise un écran, combien d'heures par jour, pour quelles tâches (saisie, lecture, conception, vidéoconférence). Si vous avez du mal à délimiter, consultez notre article sur la structuration des unités de travail.
  • Auditer l'environnement matériel : siège réglable, écran à hauteur du regard, plan de travail dégagé, éclairage sans reflet, distance écran-yeux d'environ 50 à 70 cm.
  • Recueillir le ressenti : douleurs, fatigue, irritation, troubles du sommeil. Un questionnaire court ou un échange avec le CSE suffit (voir comment impliquer les salariés dans le DUERP).
  • Coter le risque : appliquez votre méthode de cotation habituelle (gravité x fréquence) pour chaque famille (TMS, vue, sédentarité, RPS).
  • Définir un plan d'action : à inscrire dans votre PAPRIPACT ou plan d'action si l'effectif le justifie. Voir notre fiche PAPRIPACT.
💡 Astuce

Vous pouvez vous appuyer sur un logiciel DUERP en ligne qui propose déjà un référentiel de risques bureautiques : cela évite de partir d'une page blanche et garantit que vous n'oublierez ni la fatigue visuelle, ni les RPS.

📌 En résumé

  • Démarche en 5 étapes : cartographier, auditer, recueillir, coter, planifier.
  • Tracez tout dans votre DUERP : les éléments matériels, les retours salariés et les actions retenues.

🛠️ Mesures de prévention concrètes

Les mesures à inscrire dans votre plan d'action se répartissent en trois leviers : aménagement matériel, organisation du travail, formation des salariés.

Aménagement matériel : écran mat de bonne taille, support inclinable, clavier détaché du portable, souris adaptée, siège ergonomique avec appui lombaire et accoudoirs réglables, plan de travail à hauteur correcte. L'INRS recommande des bureaux à hauteur variable pour permettre l'alternance assis-debout, mais ce n'est pas une obligation légale.

Organisation du travail : pauses courtes mais fréquentes (5 minutes toutes les heures, ou alternance de tâches), réunions debout, déplacements physiques entre bureaux plutôt qu'appels en visio, plages sans messagerie pour limiter l'hyperconnexion.

Formation et information : transmettre au moment de l'embauche et lors de tout changement de poste les bonnes pratiques (réglage du siège, distance écran, éclairage, exercices d'étirement). Une fiche d'une page suffit pour un usage interne.

📌 Bon à savoir

Les coûts sont modestes : un siège ergonomique correct coûte 150 à 400 euros, un écran 23 pouces 100 à 200 euros, un support écran 20 à 50 euros. À comparer au coût d'un arrêt maladie pour TMS, généralement de plusieurs semaines.

📌 En résumé

  • Trois leviers : matériel adapté, organisation alternant les tâches, formation à l'embauche.
  • Tracez chaque mesure dans le PAPRIPACT avec un porteur, une échéance et un budget.

👁️ Surveillance médicale et examen ophtalmologique

L'article R. 4542-17 impose un examen approprié des yeux et de la vue avant toute affectation à un poste sur écran. Cet examen est réalisé par le médecin du travail dans le cadre de la visite d'information et de prévention (VIP) ou, pour les postes à surveillance renforcée, lors du suivi individuel renforcé.

Si le médecin du travail le juge nécessaire, il prescrit un examen ophtalmologique complémentaire à la charge de l'employeur. Le suivi périodique est ensuite organisé selon les modalités définies par le Service de prévention et de santé au travail (SPSTI).

L'article R. 4542-18 précise que les dispositifs de correction visuelle spéciaux (lunettes adaptées à la distance écran, par exemple) prescrits par le médecin du travail et nécessaires au poste sont à la charge de l'employeur. C'est un point souvent méconnu.

⚠️ Attention

Si un salarié signale des troubles visuels récurrents et que vous n'avez pas organisé d'examen adapté, votre responsabilité peut être engagée. Tracez systématiquement les visites médicales dans votre DUERP, comme pour tout événement à intégrer après un accident.

📌 En résumé

  • Examen des yeux obligatoire avant affectation et à intervalles définis par le médecin du travail.
  • Lunettes adaptées au poste prescrites par le médecin du travail : à la charge de l'employeur.

❓ Questions fréquentes

Faut-il évaluer le travail sur écran si mes salariés font moins de 4 heures par jour ?

Oui dans la plupart des cas. La loi ne fixe pas de seuil horaire : elle parle d'usage habituel et significatif. À partir du moment où l'écran est un outil de travail quotidien, même quelques heures, l'évaluation est attendue. En revanche, les obligations de surveillance médicale renforcée peuvent ne pas s'appliquer.

Les télétravailleurs sont-ils concernés par le même cadre ?

Oui. Les articles R. 4542-1 à R. 4542-19 s'appliquent quel que soit le lieu du poste, y compris à domicile. L'employeur reste responsable de l'évaluation, même à distance. Voir notre fiche dédiée sur DUERP et télétravail.

Dois-je fournir un siège ergonomique aux télétravailleurs ?

Il n'existe pas d'obligation absolue de fournir du matériel, mais l'employeur doit s'assurer que le poste à domicile permet un travail dans de bonnes conditions. Une participation au matériel est une bonne pratique de plus en plus courante.

L'examen ophtalmologique est-il à la charge du salarié ?

Non. L'article R. 4542-17 prévoit que l'examen approprié des yeux est organisé dans le cadre du suivi en santé au travail, gratuit pour le salarié. Si une correction adaptée au poste est prescrite, elle est à la charge de l'employeur (R. 4542-18).

Le risque écran fait-il partie des facteurs de pénibilité ?

Non. Le travail sur écran ne figure pas dans les six facteurs C2P de pénibilité. Les TMS et la posture statique restent toutefois à évaluer dans le DUERP au titre des principes généraux de prévention.

Que se passe-t-il si je n'évalue pas ce risque ?

L'absence d'évaluation des risques d'un poste expose l'employeur aux mêmes sanctions que toute carence dans le DUERP : voir sanctions en cas d'absence de DUERP et notre fiche sur l'amende administrative de 4 000 € par salarié prévue par la loi Fraudes 2026.

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